Des soldats britanniques de la Première Guerre Mondiale identifiés grâce aux tests ADN

Des corps de soldats de la Première Guerre Mondiale – les disparus – sont retrouvés chaque année sur les anciens champs de bataille de France et des Flandres, mais l’histoire de deux hommes du Essex Regiment découverts fin 2013 dans la Somme ne ressemble à aucune autre, car on a cru pendant un siècle que tous les deux reposaient sous des stèles portant leur nom dans un proche cimetière de la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth.

Les deux hommes faisaient partie d’un groupe de huit hommes enterrés vivants suite à l’explosion d’une imposante mine souterraine allemande dans le village samarien de la Boisselle. Dans les premières heures du 22 Novembre 1915, leur poste de grenadier et leur abri ont été engloutis par la retombée de centaines de tonnes de terre. Aujourd’hui seulement, après un méticuleux travail archéologique, des recherches détaillées dans les archives allemandes et britanniques et l’utilisation d’analyses ADN, peut on raconter l’histoire dans son ensemble.

British steel helmet found alongside one of the Essex Regiment soldiers

British steel helmet found alongside one of the Essex Regiment soldiers

En 2010, des fouilles menées par le La Boisselle Study Group (LBSG) ont débuté près du village de la Boisselle. Le projet est apparu quand la propriétaire a pris contact avec Peter Barton pour demander son aide dans l’étude et la préservation d’une zone de 3 hectares de champ de bataille intact, connu pendant la guerre sous le nom de ‘Glory Hole’.

Au fil du temps, les propriétaires avaient progressivement vendu des parcelles de terrain pour la construction, mais quand ce site symbolique et historique a failli être complètement perdu au profit de l’immobilier, l’opposition du Royaume-Uni les a amenés à réfléchir. Finalement, à cause d’inquiétudes sur l’existence de tunnels datant de la guerre sous le terrain, et la menace d’affaissement et des responsabilités qui en résulteraient, une des propriétaires a décidé de racheter une parcelle vendue. Elle a ensuite contacté Peter Barton pour l’aider à prouver l’importance historique de ce terrain pour éviter de subir d’autres pressions pour la vente de la parcelle.

En réponse, Barton a formé le La Boisselle Study Group dans le but de mener une étude détaillée à long terme sur ce site. Un contrat initial de trois ans a été signé avec les propriétaires et l’équipe s’est formée avec des historiens, archéologues, ingénieurs, spécialistes du sauvetage dans les mines, consultants pour la manipulation de l’équipement militaire, géomètres, anthropologues, conservateurs et ostéologues.

Les fonds ont été rassemblés grâce aux dons, et en 2010, le LBSG a entamé une période de travail de trois semaines sur le site. L’archéologie en surface concernait des tranchées française, allemande et britannique et les vestiges d’une ferme avec ses écuries. En dessous se trouvait un extraordinaire complexe de tunnels de huit kilomètres, auquel l’équipe a pu accéder. En 2013, le projet a fait l’objet d’un film de la BBC : The Somme : Secret Tunnel Wars.

Les fouilles ont bientôt apporté les preuves de la guerre implacable qui caractérisait le site. Des fragments d’os se trouvaient partout et les corps de quatre soldats français ont été découverts. En Mai 2011, les remarquables résultats de la première saison avaient déjà permis de faire retirer le Glory Hole de la zone constructible, et ainsi de le protéger et de le préserver pour le futur. La découverte inattendue des corps de soldats britanniques s’est produite pendant l’été 2013, lors de l’avant-dernière période de travail avant l’expiration du contrat de trois ans du LBSG.

Les objets associés comme les badges et le marquage du fusil indiquaient que le premier soldat appartenait au 10ème bataillon du Essex Regiment. Simon Jones, historien du LBSG, a rapidement conclu qu’il était fortement probable qu’il fasse parti d’un groupe de huit soldats enterrés vivant suite à l’explosion d’une importante mine souterraine allemande : dans les premières heures du 22 Novembre 1915, leur poste de grenadier et leur abri ont été engloutis par les retombées de débris de la mine. Les recherches de Barton à Stuttgart en 2011 avaient aussi fourni un récit allemand complet des événements. Ainsi, avant la découverte des corps, une histoire étendue, à la fois opérationnelle et personnelle, avait été collectée.

Les huit hommes du Essex qui ont trouvé la mort le 22 Novembre 1915 étaient :
13392 Harry Carter, né en 1894, West Ham, assistant dans un cabinet immobilier
10352 Harry Fensome, né en 1896, Luton, mouleur
13333 Albert Huzzey, né en 1897, West Ham, garçon de course
13370 William J. Marmon, né en 1894, St Pancras, Londres
13517 George E. Pier, né en 1890, Dagenham
13350 Charles Ruggles, né en 1892, Halstead, Essex, ouvrier agricole
13263 Edward Toomey, né en 1889, Walworth, Surrey, garçon de cuisine dans un restaurant
14998 Charles C. Aldridge, né en 1888, Caxton, Cambridgeshire, fils de fermier

Mais il y avait un problème : tous ces hommes étaient enregistrés comme ‘morts au combat’ et leurs tombes se trouvaient dans un cimetière de la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth (CWGC) dans la ville toute proche d’Albert. Cependant, les historiens du LBSG n’ont pu trouver aucune preuve documentée de la récupération des corps ou de leur inhumation.

The five headstones of the Collective Grave I.DA. in Albert Communal Cemetery

The five headstones of the Collective Grave I.DA. in Albert Communal Cemetery

L’erreur sur les inhumations, compréhensible compte tenu des conditions sur la ligne de front du ‘Glory Hole’, n’est pas due à la Commission des Tombes de Guerre du Commonwealth mais aux archives de l’époque de l’Armée Britannique. Les descendants de Harry Carter ont en leur possession la notification officielle du Ministère de la Guerre, datée de Janvier 1916, confirmant à tort que Harry avait été inhumé dans le cimetière d’Albert.

Pour pouvoir exhumer correctement les corps, la CWGC a permis au LBSG de poursuivre une fouille archéologique complète autour de l’abri. Celle-ci a eu lieu en Novembre/Décembre 2013 pendant les dernières semaines du contrat de trois ans avec la propriétaire. Une équipe hautement expérimentée d’archéologues, spécialistes des objets et conservateurs a été mise en place, menée par l’archéologue Cameron Ross.

Before archaeological work could commence a protective timber structure was erected over the work area

Before archaeological work could commence a protective timber structure was erected over the work area

Le site a été couvert par un bâtiment temporaire spécialement conçu et construit, qui comportait un espace pour la fouille, l’étude des corps, le nettoyage et l’annotation des objets associés. Les corps ont été exhumés et emmenés dans les locaux de la CWGC à Beaurains, près d’Arras.

LBSG archaeologists at work

LBSG archaeologists at work

Il est important de noter que les deux hommes ont été trouvés dans une tranchée, complètement armés avec des fusils et la baïonnette fixée, portant des sacs de grenades et de fusées, et avec des pistolets lance-fusées à proximité : ils étaient clairement en service. La recherche de leurs six camarades a continué, mais le projet était déjà devenu bien plus compliqué avec la découverte de deux soldats français enterrés à environ 50cm des Britanniques. Exhumés par l’archéologue Brian Powell, Louis Heurt et Apollinaire Ruelland (du 118ème Régiment d’Infanterie) avait été tués au début de Janvier 1915. Les hommes portaient leur plaque d’indentification et ils avaient tous les deux déjà été ré-inhumés. Pour rendre le problème encore plus complexe, le corps d’un soldat allemand avait ensuite été découvert.

Essex shoulder title associated with HR9

Essex shoulder title associated with HR9

Deux mètres plus loin le long de la tranchée, ont été retrouvés les restes des poutres de l’abri dans lequel on pense que les six autres soldats du Essex avaient trouvés refuge, en attendant de prendre leur service dans la tranchée. Une somme de preuves archéologiques à l’entrée effondrée comme des fusils, des casques empilés, des objets personnels et des boites de grenades à main laissent peu de place au doute pour les spécialistes du LBSG et montrent qu’ils étaient proches des corps des six autres hommes ensevelis.

A poignant reminder of the men still entombed in the bombers dugout - stacked helmets at the collapsed entrance

A poignant reminder of the men still entombed in the bombers dugout – stacked helmets at the collapsed entrance

Butt disc from SMLE rifle stamped with 10th Essex

Butt disc from SMLE rifle stamped with 10th Essex

Mais le temps n’a pas joué en la faveur de l’équipe, et à leur grande déception, il a été non seulement impossible d’explorer l’abri, mais le soldat allemand a dû être laissé in situ : la profondeur de la coupe archéologique à travers la haute lèvre du cratère de mine rendait la fouille dangereuse sans bouger davantage de terre. Le LBSG n’a malheureusement pas réussi à se mettre d’accord avec la propriétaire pour un nouveau contrat, afin de terminer l’exhumation.

Cleaning of small finds

Cleaning of small finds

La spécialiste des objets Anna Gow a annoté plusieurs centaines d’artéfacts individuels trouvés avec les quatre soldats. Comme leur équipement et leurs armes, les possessions personnelles très émouvantes avaient été préservées dans leur intégrité mais il n’était toujours pas possible d’identifier les deux soldats britanniques. L’un deux portait trois petites figurines en céramique, que l’on trouve habituellement dans les galettes traditionnelles servies en France pour célébrer l’épiphanie, une tête de balle française finement gravée avec un cœur, un jeton de machine à sous en métal, de la monnaie française et les restes d’une pipe et d’un briquet. L’autre soldat portait à un doigt de la main droite un anneau d’artisanat de tranchée, et il transportait un briquet, des pièces et du papier à lettre. Les possessions, cependant, ne donnaient aucun indice sur leur nom et les matériaux de leur plaque d’identité s’étaient depuis longtemps détériorés. On ne pouvait encore savoir qui étaient ces deux hommes, parmi les huit soldats disparus.

Simon Jones recording the finds

Simon Jones recording the finds

Une analyse ostéo-archéologique produite par Hayley Forsyth a montré que leur âge se situait entre 18 et 25 ans, et que leurs crânes présentaient des traumatismes au moment de la mort. Le généalogiste du LBSG Glen Philipps a produit les arbres généalogiques des huit soldats, ce qui a permis au Ministère de la Défense de localiser et de contacter tous les descendants. Les analyses ADN réalisées par le ministère ont finalement permis d’identifier le premier homme comme William James Marmon, âgé de 21 ans, de St Pancras, Londres, et le second comme Harry Carter, 21 ans aussi, né à West Ham, Essex. Ceci confirmait qu’ils faisaient effectivement partie des huit hommes tués dans l’explosion de la mine du 22 Novembre 1915.

La ré-inhumation de William Marmon et Harry Carter aura lieu à 11h le 19 Octobre 2016 dans l’extension du cimetière communal d’Albert – le cimetière dans lequel on croyait que ces hommes reposaient depuis un siècle. D’autres détails seront donnés par la CWGC, le Ministère de la Défense et le LBSG à l’approche de la date.

View of excavation site with protected area constructed over exhumation area

View of excavation site with protected area constructed over exhumation area

Le LBSG voudrait remercier tous ceux qui ont travaillé sur ce projet. Nous remercions en particulier les sponsors et les donateurs qui ont permis le travail en Novembre/Décembre 2013, notamment JCB et Thwaites qui ont fourni des machines neuves pour la fouille et Margaret Beach (Multi-Limn), qui a fourni les sondages laser du site.

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21 Responses to Des soldats britanniques de la Première Guerre Mondiale identifiés grâce aux tests ADN

  1. Hello, my mother was born and raised in England, I live in the US. Both of my Great Grandfathers were disabled in WWI. One of them had two brothers who were killed in WWI. One of those killed, had two children. I have been doing much genealogy research trying to see if I can make contact with lost relatives. I find myself blocked by only having the 1939 census. How did the genealogist involved in this article create family trees for all 8 soldiers and identify their living relatives without having access to the 1921 and all later census (except 1939)? Any tips you could offer would be much appreciated.
    Regards,
    Joshua

  2. My late grandad rather Carter his brother James Carter lost a brother in the First World War all from West Ham Iam wondering if Harry Carter was their brother

    • Dear Thomas,
      Many thanks for your comment. I do not think that James was the brother of Harry Carter. We have his family tree and there is no mention of James. Harry’s elder brother, Charles, died of wounds in July 1916 received on the Somme. He is buried in Corbie Communal Cemetery Extension.
      Best wishes,
      Jeremy Banning (Admin)

  3. I know there are lots of complex legalities etc that are difficult for most to understand but please can someone explain why, if there are known bodies on a piece of land, the landowner can decline permission to exhume? IN a way though I wonder if it is better to leave the fallen in their last resting place? I don’t know just a thought

    • Dear Alison,
      Many thanks for your comment. We agree that it is a great shame that the remaining men of the 10th Essex cannot be recovered. However, that was the decision of the landowner which we have to abide by. Whole tracts of northern France and Belgium contain human remains from the Great War and it would be impractical to have legislation that forced landowners to agree to ‘compulsory recovery’ of these.
      Having met the families of Marmon and Carter along with family members from two of the men whose remains are still likely at la Boisselle we know their strength of feeling with regard to a wish that the remaining men are recovered.
      Best wishes,
      Jeremy Banning (Admin)

  4. beste
    dit werk is uitmuntend goed en zou in iedere geval verder moeten gebeuren,ook in het vlaamse klei zijn er nog zovelen die nog niet gevonden zijn,ofwel geen geld ofwel geen interresse,maar dank zij deze jongens zij het frans -brits -anzac-canadese-belgische-of andere die streden voor de vrijheid en democratie,zijn we nu waar we moeten zijn.
    zal de site zeker komen bezoeken,hopend dat ze bewaard blijft voor eeuwig

  5. Pingback: DNA Tests help identify WW1 British Soldiers buried at The Glory Hole - Scott Addington

  6. You have done great service at The Glory Hole over the years. It is a huge pity that the owners have not supported further work.

  7. What are the laws in France relating to human remains? How is it lawful for the German soldier to be left in the ground ? The passage of time surely is irrelevant.

    • The work was carried out under the full permission and with monitoring and assistance of the DRAC Picardie (the regional archaeological authority) and the CWGC. As the News item explicitly mentions, the height of the mine crater lip over the excavation made any other work unsafe without needing further earth moving. This was something for which we did not have the landowner’s permission. Even if we had received permission, there was not time to archaeologically recover these remains. This working period ran for three weeks and the partial remains of what we believed was a German soldier (based upon the design of the heel of his boot) were uncovered close to the end of the working period.

  8. Hi to all, I have just seen this on a msg on facebook, Of the 5 headstones in Albert cemetery, the 2nd in from the left with 4 people names on, are we sure that these were buried there at all after the bombing on the 29th Sept 1915. I raised some queries a few years ago at the beginning of the LBSG project with Simon, reference the bombings being incorrectly dated on here as 1916, where in fact as I pointed out they were 1915, as I have proof & seen copies of the mistakes made by the MOD, the paperwork for the engraving of these headstones was miss-matched with wrong rank to name etc, If anyone has any more info please could they share it.. as I am still trying to find out more about Pte 2588 A E Brewster my great uncle. regards Marc Brewster

  9. albert van der meulen

    one thing to say you’re doing a good job.

  10. That’s fantastic but who’s remains remain in the graves of Albert communal cemetery then? Or are they completely empty?

    • The collective grave actually commemorates 13 men, eight of whom were killed on 22 November 1915, four on 29 September 1915 and one on 3 November 1915.
      An examination of the circumstances of the deaths of the five other soldiers raises the possibility that in fact the bodies of none of the thirteen men named were actually recovered from the battlefield. The deaths of four men killed on 29 September 1915 and one man killed at the start of November all occurred when dugouts were collapsed by trench mortar bombs.

  11. my father served with the 10th Bn The Essex regt in WW1
    it is sad but pleasing to know these men that laid together for so many years will be buried together at last so relatives can visit and wonder at their sacrifice well done the team and landowners

  12. An excellent and highly lucid account without hyperbole. Thanks.

  13. The body of my great uncle Lewis Harol Perez of the Coldstream Guards has never been found. There is just his name engraved on a panel at Ty Cot. My whole family would love his remains to be found. His elder brother my Maternal Grandfather went missing in the South China Seas about the same time. He was 1st Officer acting Captain in the Merchant Navy on the food convoys. His name was Manuel Thomas Perez. This again devastated our whole family.

    • Likewise Sheila, my Great Uncle’s body was never found. He was in the 2nd Battalion Coldstream Guards, he is commemorated on the Thiepval Memorial, he was killed 16th September 1916, his name was Thomas Lees Young. Until the day she died in 1931 my great Grandmother would not accept that he had been killed, she would leave the door on the latch, just in case he came home.

  14. I was proud to have been a small part of the project and to have seen the incredible professionalism of all concerned. The dignity that was afforded all soldiers was trust moving. So glad these brave men have finally been ide tidied and will be properly laid to rest.

  15. I visited the site with friends at an open event in the summer and was very impressed by the dedication of those involved. I hope you will be allowed to continue your work. We were happy to leave a donation to support the project.

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